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Choisir une suggestion par le dr Puichard et Auger

CHOISIR UNE SUGGESTION
La technique des « vingt premières lignes »

Docteur Jacques Puichaud.jpgDocteur Jacques Puichaud & Docteur Jacques Auger dans le n° 16 d'Hypnose & Thérapies Brèves

A l’heure de l’Europe, il paraît intéressant de faire une comparaison entre l’évolution de l’hypnose et des suggestions chez des auteurs classiques européens et M. H. Erickson.

Braid a dissipé le voile mystérieux enveloppant le magnétisme animal initié par  Mesmer qui a eu le mérite d’échafauder un semblant de doctrine pour échapper à l’obscurantisme de la seule puissance d’une intervention divine ou du hasard de la  destinée humaine.
Il a employé le terme d’« hypnotisme » inventé par Hénin de Cuvilliers, et a insisté sur la puissance de  la suggestion.
Mais il n’en a pas compris le véritable rôle, qu’il attribuait au sommeil provoqué en même temps qu’aux manipulations particulières qu’il utilisait pour l’obtenir.
Il définissait l’hypnotisme comme « un état particulier du système nerveux déterminé par des manœuvres artificielles ».

C’est Liebault qui fut le premier à employer méthodiquement la suggestion verbale pour induire le sommeil et opérer ses interventions thérapeutiques. Il établit que la suggestion est « la pénétration de l’idée du phénomène dont le thérapeute souhaite la réalisation dans le cerveau par la parole, le geste, la vue, l’imitation qui était la clé de tous les phénomènes hypnotiques ».

Bernheim, suite à ses expériences, a écrit dans son ouvrage De la suggestion et ses applications en thérapeutique : « J’ai le droit d’affirmer, m’appuyant sur de nombreux faits, que la thérapeutique suggestive existe. » Il donne sa définition de la suggestion qui est « l’acte par lequel une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui ».
En contrepartie, il ne saurait y avoir de suggestion si le cerveau n’accepte pas l’idée  qu’on lui inculque et ne cherche pas à la réaliser. Il utilisait pour cela des techniques d’hypnotisme, en particulier d’induction du sommeil afin que le sujet devienne un être passif soumis à une volonté étrangère qui dirige ses pensées et l’invite à agir comme pourrait le faire sa propre volonté. Il était admis que pour se produire, la suggestion nécessitait un certain nombre de conditions, comme la confiance et la foi qui caractérisent un certain état d’esprit dans lequel un sujet est disposé à croire  aveuglément à la parole d’une autre personne.

Comme le fait remarquer Luys en 1890, avec des propos trop actuels, « cette disposition est inhérente à l’esprit humain, comme en témoignent les profondes influences de ce que révèlent nos sens et de l’environnement extérieur (« le contexte », ndlr).
Les trois quarts de notre existence se passent à mettre en pratique des suggestions inconscientes.
Ce sont de véritables suggestions que nous acceptons de l’orateur dont nous écoutons avec sympathie l’éloquence, de l’ami dont nous acceptons le conseil.
La puissance du journalisme, de la publicité, de la réclame n’est qu’un aspect de la suggestion.
Le leader politique, le critique influent, l’oracle de salon, les promoteurs de mode constituent autant d’agents suggestifs dont chacun, selon sa sphère et son milieu, subit le plus souvent l’influence d’une façon irraisonnée et souvent inconsciente
».
Il estimait que la croyance et la foi favorisent la diminution du sens critique et le développement d’un automatisme mental au sens de Janet, et en conséquence une suggestibilité qui se traduit concrètement par des attitudes ou des engagements personnels qui peuvent être également sociaux et/ou politiques.
Cette aptitude à la croyance et à la foi a été utilisée dans un but thérapeutique pour suggérer l’idée d’une guérison en fonction du pouvoir accordé au thérapeute ou à des substances inertes ou bizarres administrées telles que les placebos, comme la « mica panis » (« mie de pain »), ou différentes potions plus ou moins diluées.

Bernheim a remarqué qu’un état hypnotique caractérisé n’est cependant pas  toujours nécessaire pour que la suggestibilité se manifeste et qu’il y avait certaines personnes éminemment suggestibles, même à l’état de veille.
Il ajoute que « l’hypnose et la suggestion peuvent s’obtenir sans geste, sans « passes », sans fixation des yeux ou objet brillant, sans éclat de voix, sans pose, par la parole douce et câline, mais sûre d’elle-même : tout un chacun acquiert l’aptitude à le faire avec succès sous la direction d’un homme expérimenté. L’art de la suggestion s’apprend par habitude, comme la percussion, l’auscultation, tous ces procédés exigent un apprentissage. L’emploi de l’hypnotisme n’exclut pas celui d’autres médications. Un médecin qui refuse actuellement de se servir de l’hypnotisme doit justifier son refus par des considérations sérieuses. Il faut parfois accepter d’avoir recours à des artifices pour faire accepter la suggestion. Dans certains cas, on ne réussira pas si on suggère purement et simplement la disparition des crises ; on arrivera au contraire en graduant l’effet désiré, en suggérant par exemple au malade de n’avoir pas d’attaque avant un certain délai, et en augmentant ce délai à chaque séance ».

Voilà qui préfigure les techniques de communication indirectes, verbales et non verbales, la technique de fractionnement et les effets cumulatifs chers à M. H. Erickson.

Emile Coué épure la suggestion d’un contexte hypnotique identifié comme tel et la popularise.
Elle devient une proposition de suggestion énoncée sur un mode injonctif et positif faite à la personne qui se la répétera en l’absence du thérapeute.
C’est le principe de l’autosuggestion, ce qui fera dire que la suggestion n’est que de l’autosuggestion, et que l’hypnose n’est que de l’autohypnose.
Il avance que la suggestion provoquée ne doit pas être pratiquée pour elle-même mais que le thérapeute doit la considérer comme une éducation de l’autosuggestion chez le sujet, sinon il risque de lui faire croire que le résultat vient de son influence toute puissante.
Il met en garde contre des effets néfastes de l’hypnose qui ne correspondent pas à ce qu’en attend le sujet.
Si celui-ci s’attend à être profondément endormi et qu’il ne peut parvenir qu’à une somnolence légère, ceci peut oblitérer sa croyance dans une possibilité de guérison.
Si le sujet est dans un état d’amnésie dû à son état d’hypnose, il ne peut se souvenir des consignes d’autohypnose.
Coué en déduit qu’il est préférable de les donner en état d’hypnose légère.
Quel que soit le degré d’hypnose, l’important est ce que le sujet va réaliser avec les suggestions.

Après l’âge d’or, l’hypnose étant tombée en désuétude en Europe et frappée  d’anathème par la psychanalyse, l’Amérique prend le relais après un passage par  l’Angleterre.

M. H. Erickson a modifié profondément la compréhension et la pratique de l’hypnose en développant particulièrement des techniques indirectes de suggestion centrées sur les besoins du patient en insistant sur le langage verbal et non verbal, techniques indirectes qui sont devenues une spécificité de l’hypnose éricksonienne.
Elles ont prévalu dans une compréhension de l’hypnose comme technique de communication et de définition d’un contexte permettant un recadrage de la réalité tel qu’exploré par Thierry Melchior.

Si beaucoup a été dit sur comment faire une suggestion, les écrits sont plus rares sur comment choisir une suggestion.
Un choix apparaît entre le recours à l’intuition, du type de celles, géniales, d’Erickson, thérapeute hors du commun, et l’utilisation de « métaphores toutes prêtes », trouvées dans des livres de contes, pour thérapeutes en mal d’inspiration.
M. H. Erickson a laissé comme message d‘être « au plus près » de l’observation du patient et de la clinique, en particulier pour la pratique de l’hypnose.
Avant de s’autoriser à être « génial », il s’était astreint à relire ses observations et à préparer, en les rédigeant pendant de longues heures, ses suggestions.
Il nous a par là suggéré une méthode pour faire preuve de génie dans le choix de nos suggestions.
La suggestion nous rappelle par son étymologie (« apporter » et « conseiller ») son caractère central dans la thérapie éricksonienne. Mieux sera connue la problématique du patient, et surtout mieux sera connu son mode de communication verbal et non verbal, plus efficace sera la suggestion.
Le terme « suggestion » est une réification qui se traduit concrètement par un processus spécifique de communication dont le résultat peut être évalué par la constatation d’un changement dans les actes du patient, changement qui peut être mis dans un rapport de  référence avec cet acte de communication.


Comment choisir une suggestion  ...
Lire la suite:  http://www.ressourcesmentales.com Editions Métawalk

Geneviève Schmit
06.43.43.15.79


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