Avertir le modérateur

Le rêve éveillé dirigé

Le rêve éveillé dirigé
Robert Desoille

ciel2.jpg

Retenu du n°16 de la revue Hypnose & Thérapies Brèves

Le sujet est invité à faire une rêverie. Pour faciliter celle-ci, il est bon de soustraire le patient à tout effort musculaire ainsi qu’à toute excitation lumineuse et sonore.
La position horizontale, dans une pièce semi-obscure et loin du bruit, sera donc meilleure.

Les images de cette rêverie se substituent spontanément au langage conventionnel pour exprimer les sentiments vécus par le sujet. Elles constituent un « langage intime » comme l’a reconnu POLITZER, un mode d’expression archaïque qui nécessite un effort moindre que le langage conventionnel.
La description de ces images permet, comme celles du rêve nocturne, de pénétrer dans l’intimité affective du sujet.
C’est donc en faisant varier ces images, en suggérant de nouvelles situations que nous pourrons observer les comportements habituels du sujet.
Pour cela, le psychothérapeute doit intervenir, mais en évitant soigneusement d’introduire dans le scénario de son patient une image qui puisse lui être étrangère.
L’idée de mouvement dans l’espace imaginaire qu’a créé le sujet paraît bien plus efficace.
On peut également proposer d’autres idées, à condition qu’elles fassent nécessairement partie de l’expérience vécue du sujet : par exemple ouvrir une porte, se saisir d’un objet, etc.

En règle générale, les interventions du psychologue doivent être de simples stimuli de l’imagination destinés uniquement à provoquer la représentation de nouvelles situations pour observer les réactions affectives du sujet en face de celles-ci.
Le mouvement est le signe même de la vie et de la liberté. C’est dans la mesure où l’idée d’un mouvement dans le rêve s’avère difficile à accepter que le patient a des difficultés à vivre. Mais la direction du mouvement n’est pas indifférente.
C’est suivant la verticale, soit en ascension, soit en descente que l’idée de mouvement provoque les résultats à la fois les plus complets et les plus inattendus.
L’effet, aussi généralement constaté de l’idée d’ascension ou de descente, doit être considéré comme la réponse à cette idée elle-même, servant de signal, et le sentiment, à son tour, comme un réflexe conditionnel.

Mais quel est le réflexe inné auquel est obligatoirement lié, à l’origine, ce réflexe conditionnel ?

Des phénomènes naturels qui conditionnent la vie, le mouvement diurne du soleil est, de tous, le plus important.
Avec l’ascension du soleil, apparaissent la chaleur qui assure le bien-être et l’activité des êtres vivants, la lumière qui embellit les choses et chasse, pour les êtres craintifs, les embûches et les mystères inquiétants des ténèbres.
A l’inverse la descente du soleil, au-dessous de l’horizon, coïncide avec les fatigues de la journée et la dépression morale qui peut en découler, ainsi qu’avec la crainte des dangers nocturnes réels ou imaginaires.
Ces impressions qui se renouvellent avec plus ou moins d’intensité, tous les jours et pour tous, a marqué de son empreinte le langage courant.
Tout ce qui est beau, noble et généreux est plus ou moins associé aux idées de chaleur, de lumière et surtout d’élévation.
Il est ainsi parlé d’une chaude affection, d’une idée lumineuse, de sentiments élevés, etc.
A l’inverse ce qui est laid, mauvais, dangereux, est associé plus ou moins aux idées de ténèbres et de bas : une ténébreuse affaire, la bassesse des sentiments, etc.

Ces habitudes de langage, liées aux conditions mêmes de la vie, expliquent suffisamment que les idées d’ascension et de descente puissent servir de signal déclenchant une réaction affective que l’on retrouve chez tous les sujets soumis à l’expérience du rêve éveillé dirigé.
Les exceptions rarissimes ne dépassent pas deux pour cent.

Avec le rêve éveillé, dans quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas, il n’y a pas de transfert négatif sur le psychothérapeute car la situation conflictuelle apparaît et est dénouée dans le rêve.
Le sujet se sent donc libre vis-à-vis du médecin : celui-ci est un simple témoin d’une situation qui retient toute son attention et détermine toutes ses réactions.
De plus, en psychanalyse, l’action de freinage du cortex sur les régions sous-corticales est faiblement modérée, tandis qu’elle l’est beaucoup dans le rêve éveillé en raison de l’état légèrement hypnoïde du sujet.
Je ne saurais, de plus, m’élever trop contre cette tendance de quelques psychanalystes à chercher dans le rêve éveillé dirigé de simples matériaux à analyser suivant la technique freudienne. Ceci ne fait que prolonger inutilement le traitement normal par le rêve éveillé.
Enfin, je dois aussi m’élever contre cette affirmation des psychanalystes freudiens d’être les seuls à faire un travail « en profondeur ».
De quelle profondeur s’agit-il ?
La psychanalyse freudienne ignore totalement les images de la fable et les images mystiques qui constituent, cependant, un matériel psychologique infiniment précieux.
Le mot « profondeur », ici, n’a aucun sens.

Il semble qu’à notre époque, compte tenu des multiples travaux qui ont contribué à une meilleure compréhension des névroses, l’autosuggestion telle que la comprend Charles BAUDOUIN, aussi bien que l’hypnose sous une forme rénovée telle que la pratique Milton H. ERICKSON ou telle qu’elle continue à  être étudiée par l’école de I. PAVLOV, connaisse à nouveau la faveur des psychothérapeutes.


Nous ne parlerons pas ici de la manière dont l’hypnose est pratiquée en URSS n’ayant pu nous documenter suffisamment.
Aux Etats-Unis, Milton H. ERICKSON l’utilise en provoquant d’abord une anamnèse puis, s’il y a lieu, en faisant construire par le patient lui-même tel stéréotype dynamique correspondant à ses tendances naturelles socialement acceptables.
Les procédés qu’il emploie sont remarquables et les résultats qu’il a obtenus paraissent aussi durables qu’il est possible de l’espérer.
Par bien des côtés, cette technique s’apparente à celle du rêve éveillé dirigé.
Et cet auteur rappelle l’explication donnée par I. P. PAVLOV qui, répondant à la question : Qu’est-ce que la suggestion et l’auto-suggestion, écrit : « C’est une excitation concentrée d’un point déterminé des grands hémisphères, sous forme d’une excitation définie, d’une sensation ou trace de celle-ci, de représentation, tantôt provoquée par l’émotion, c’est-à-dire par l’excitation émanant de la sous-cortialité, tantôt brusquement effectuée de l’extérieur, tantôt provoquée à l’aide de liaisons intérieures d’associations, excitation qui acquiert une importance prédominante, anormale et insurmontable. »
« Elle existe et agit, c’est-à-dire se transforme en mouvement, en tel ou tel acte moteur, non pas parce qu’elle est soutenue par diverses associations, c’est-à-dire par des liaisons avec de nombreuses excitations présentes ou anciennes, des sensations ou représentations – alors c’est un acte précis et intelligent comme cela se doit dans un cortes normal et fort – mais parce que, avec un cortes faible, avec un tonus bas, faible, cette excitation, puisque concentrée, s’accompagne d’une forte induction négative qui l’a arrachée, isolée, de toutes les autres influences indispensables. C’est en cela que consiste le mécanisme de la suggestion hypnotique et post-hypnotique. »
« Quand, sur un point déterminé d’un tel cortex, est dirigé, en tant qu’excitant, le mot, l’ordre de l’hypnotiseur – continue plus loin I. P. PAVLOV – alors cet excitant concentre le processus d’excitation dans un point correspondant et est immédiatement accompagné d’une induction négative ; celle-ci, grâce à une opposition faible, gagne toute l’écorce et c’est pourquoi le mot, l’ordre se trouve totalement isolé de toutes influences et devient un excitant absolu, insurmontable, agissant d’une façon prédéterminé même ensuite quand le sujet est réveillé. » Rappelons aussi que le sujet sous hypnose se trouve dans cet état très particulier auquel I. P. PAVLOV a donné le nom de phase paradoxale caractérisée par une réponse forte à une excitation faible (le mot par exemple).


L’autosuggestion ne sera donc pas possible dès le début du traitement.

Celui-ci comporte trois phases distinctes :


- La première est l’exploration de toutes les réactions émotives habituelles du sujet.
C’est aussi un premier entraînement à réagir d’une autre manière que celle dont il a l’habitude devant une situation qui reste purement imaginaire, le plus souvent dans une forme symbolique qui est, sur le moment même, sans relation apparente avec la réalité vécue par le patient, aussi bien pour lui-même que pour le psychothérapeute.
Bien entendu, après chaque rêve éveillé, les rapprochements nécessaires entre le scénario du rêve et la réalité vécue doivent être faits.


- La deuxième phase est ...
Pour lire la suite : Revue Hypnose & Thérapies Brèves


Lu pour vous par Geneviève Schmit
06.43.43.15.79

Daniel Renson
Editions Métawalk

Les commentaires sont fermés.

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu