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L'effet placebo.

eau4.jpgPourquoi le placebo peut guérir.

Tous s'accordent sur un point : quelle que soit la molécule, la personnalité du prescripteur peut influer sur son efficacité.

Par Sandrine Cabut, le figaro du 08/03/2010  -  PSY EN MOUVEMENT  -  n° 12032010
 

Les placebos ont d'incontestables propriétés neurobiologiques. 

Son effet tient notamment à l'espérance du patient et à la suggestion du médecin.

Magie pour les uns, arnaque pour les autres, l'effet placebo intrigue depuis des siècles. Classiquement, les placebos sont des substances sans activité pharmacologique utilisées en tant que témoins lors d'essais thérapeutiques et comme traitements dans la pratique médicale car il est admis qu'ils améliorent l'état d'un tiers des malades. Un article récemment publié dans The Lancet balaie les idées reçues et apporte un nouvel éclairage sur l'effet ou plutôt les effets placebo.

En reprenant les travaux scientifiques, nombreux depuis dix ans, sur ce sujet, Fabrizio Benedetti (université de Turin) et ses collègues concluent qu'en pratique courante il n'est pas forcément nécessaire de donner un produit placebo pour obtenir un effet placebo : sur le plan psychologique, les principaux mécanismes en jeu sont l'attente des malades et le conditionnement. Qu'il s'agisse de douleurs, ou encore d'addiction, l'action d'un placebo est d'autant plus marquée que l'espérance du malade - éventuellement induite par la suggestion du médecin - est importante.

Pour autant, les bénéfices ne sont pas seulement subjectifs. Les placebos ont d'incontestables propriétés neurobiologiques. Ainsi, dans le domaine de la douleur, des études en IRM ont confirmé qu'ils induisent les mêmes modifications cérébrales que des médicaments morphiniques. Des réactions objectives à ces substances ont aussi été observées au niveau du cerveau des parkinsoniens et des dépressifs.

«L'article du Lancet est une excellente mise au point», s'enthousiasme le Dr Jean-Jacques Aulas, psychopharmacologue et psychiatre (CHU de Saint-Étienne). Dans son récent ouvrage (1), qui fourmille de récits d'expériences passionnantes, ce spécialiste précise cependant que l'effet placebo n'est pas universel. Il n'a notamment «aucune action dans les affections graves telles les septicémies ou les cancers».

Reste à savoir comment exploiter ces nouvelles conceptions au quotidien. Un praticien peut-il prescrire sciemment une substance inactive, comme Corvisart, le médecin de Napoléon, qui soignait ses patients avec du mica panis, autrement dit de la mie de pain ? «Les placebos ont leur place dans les études cliniques. Dans la pratique, ce n'est guère possible. Soit on ne le dit pas et on ment, soit on le dit et l'efficacité est réduite», relève Jean-Jacques Aulas. Seule exception, selon lui : «L'homéopathie, qui ne contient aucune molécule active et dont aucun essai clinique contrôlé et rigoureusement conduit n'a montré une efficacité supérieure à un placebo.»

Il y a quelques années, le Dr Aulas avait commercialisé un placebo présenté comme tel, le Lobepac Fort, mais seulement 500 flacons ont été vendus. Le Dr Patrick Lemoine, psychiatre et écrivain (2), a lui parfois recours à de fausses gélules, pour des fins difficiles de sevrage de somnifères. Une prescription éthique car transparente. «Le patient va acheter trente gélules vides, je lui demande d'en remplir vingt avec la petite dose de médicaments qu'il prend encore, et dix avec du sucre. Chaque soir, il en pioche une au hasard», raconte-t-il. Le mois suivant, la proportion de gélules actives est réduite… Jusqu'à sevrage complet.


Personnalité du prescripteur

Quid des placebos dits impurs, qui ont un effet pharmacologique, mais sans lien avec le trouble à traiter ? Peu inquiets de la toxicité de la vitamine C ou des produits à base de plantes, beaucoup de praticiens n'hésitent pas à en prescrire, surtout à la demande de leurs patients. «Les médecins n'ont pas intérêt à promouvoir des thérapeutiques dont l'efficacité n'est pas reconnue», note cependant le Dr Vincent Renard, généraliste et enseignant à Paris-XII. «Parmi les produits de prescription médicale facultative, 45 % sont des placebos impurs, qui ne sont pas dénués d'effets secondaires», ajoute le pharmacologue Jean-Paul Giroud.

Tous s'accordent en revanche sur un point : quelle que soit la molécule, la personnalité du prescripteur peut influer sur son efficacité. «Un bon médecin est optimiste», assure Patrick Lemoine, qui déplore la tendance actuelle à décliner d'abord les effets indésirables d'un médicament, par crainte du juridique, plutôt que ses bienfaits. «À connaissance égale, le médecin qui soigne le mieux, c'est celui qui utilise le mieux l'effet placebo», estime Jean-Jacques Aulas. En clair, un clinicien chaleureux, à l'écoute, et qui prescrit avec conviction.


«Placebo et effet placebo en médecine», Éditions book-e-book.

«Le Mystère du placebo», Éditions Odile Jacob.
 

Lu pour vous par Geneviève Schmit du Cabinet de Psychothérapies Brèves à Paris 17ème et en Seine et Marne

Geneviève Schmit
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