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SI LE PLAISIR DES FEMMES ÉTAIT CONTÉ…

jouissance.pngJouissances et orgasmes au singulier 
Par Cécile Lepoint 

A travers le parti pris d’une vision intérieure de la sexualité, ce texte évoque avec grâce et nuances l’expérience intime de la féminité sous ses différents aspects… 
Jouissance, orgasme, plaisir de la femme…

Autant de synonymes pour les journalistes, les écrivains, les poètes… et mêmes certains sexologues !

L’approche sexocorporelle enseignée par Jean-Yves Desjardins propose des nuancements qui me paraissent précieux pour des diagnostics précis et affinés, et de ce fait des sexothérapies adaptées et judicieuses. 
Une femme qui dit ne pas « jouir » a peut-être découvert un orgaste, ou une jouissance mais pas d’orgasme.
Une autre qui prétend savoir « jouir » seule n’a peut-être exploré que l’orgaste. Et celle dont le partenaire regrette, voire se plaint qu’elle n’ait pas de « plaisir », a peut-être de belles jouissances.

Lorsque nous faisons l’amour ou vivons un moment auto-érotique, nous construisons une courbe d’excitation sexuelle réflexe physiologique et, conjointement, une courbe de plaisir nourrie d’émotions éprouvées pour l’autre ou découlant de notre imaginaire érotique, nimbée de notre sensualité.

- Un orgasme se vit lorsque les deux courbes s’harmonisent et se superposent.
- Un orgaste correspond à la courbe d’excitation fonctionnelle qui monte indépendamment de la courbe de plaisir : une décharge des tensions sexuelles se produit (spasmes généralisés du corps, du vagin…) sans pour autant d’adhésion sensuelle à cette montée ni de vécu de plaisir comblant. 
- Une jouissance s’inscrit dans une volupté sensuelle habitée d’émotionnel : le plaisir d’être dans ses bras, seuls au monde, dans sa chaleur, son odeur, l’accueillir au creux de soi, envelopper son plaisir…

Une excitation sexuelle corporelle peut coexister mais insuffisante à une décharge, et certaines femmes déchargent leurs tensions en pleurant de joie au décours, comblées de plaisir… 

Les textes qui suivent inspirés de sources cliniques authentiques illustrent ces différents vécus.
Ces contes soulèvent le voile des secrets et mystères, des alchimies du plaisir au féminin.
Leur titre joue des confusions communes, leur conclusion pointe le diagnostic sexologique et le commente.

« Première jouissance »

Jouir, elle ne savait pas ce que c'était. Elle n’avait d’ailleurs pu nommer cet étrange ressenti que bien plus tard lorsque les pièces de son puzzle se sont imbriquées.
Un peu plus de seize ans et son corps de jeune fille à peine apprivoisé.
Il avait fallu l’éloignement du père et la reconnaissance de sa féminité éclose dans le regard de quelques hommes, leur trouble et leur embarras parfois, ou leur hardiesse plus ou moins adroite.
Elle en avait choisi un de son âge, ni beau ni laid, ni brillant ni idiot, pour être sûre de ne pas l’aimer.
Elle voulait jouer sans aucun risque. Le contrat était tacite. Fin du printemps début de l’été. Des promenades à bicyclette sur les chemins vallonnés du bocage étaient prétextes à quelques balbutiements érotiques.
Quelques timides baisers et le cœur qui cogne comme un crapaud affolé. Puis les lèvres s’apprivoisent, se caressent, se pincent délicatement, se mordillent, se font douces.
Les langues se pointent, se lapent, se cherchent pour mieux construire leur danse en volutes voluptueuses, mimer un combat où tous deux sont vainqueurs.
Toujours la chamade du cœur et cette chaleur étrange qui diffuse, quelque chose qui tire dans le bas-ventre délicieusement tourmentant, et cette source qui coule entre ses jambes, abreuve la culotte de coton.
De balade en balade, chaque jour ils explorent une pâture nouvelle de hautes herbes, fleurs des champs et graminées, qui seront bientôt fauchées.
Chaque jour leurs corps s’épousent mieux, leurs lèvres se cherchent pour des profondeurs à revisiter et leurs mains commencent à les deviner à tâtons ; sous les tee-shirts, du bout des doigts le fin poil du torse, le durcissement de ses tétons, le relief de la clavicule, le creux de son nombril, le sillon duveteux qui mène plus bas à une toison drue et une voussure qu’elle évite mais qui déclenche à la fois une intrigante curiosité.
Il a maintenant les mains posées sur ses seins comme s’il voulait les protéger, mais de quoi ? Ils se tendent, s’offrent. Il les effleure doucement et elle voit son regard transparent devenir encore plus brillant, ses joues rosir.
Assise en tailleur sur lui, les jambes croisées autour de ses reins, elle lève les bras pour qu’il ôte l’écran de tissu.

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« Jouissance masturbatoire »

Elle avait demandé de rester seule. Il lui avait fallu décliner les découvertes des chemins sauvages envahis de ronces, caillouteux et escarpés qui débouchaient miraculeusement sur une baignoire naturelle d’eau glacée, les délices de ce bain réunifiant et du pique-nique réparateur pour lequel elle avait vu placard, paniers et garde-manger être délestés de boîtes de sardines, conserves de cœurs de palmiers, gâteaux secs, tomates odorantes, larges tranches de pain bi, saucisse sèche et fromage de pays. Il lui avait fallu surtout affronter le regard désapprobateur et peut-être déçu de son mari. Mais forte du groupe, elle avait tenu bon, assurant son choix avec fermeté. D’une délicate attention, il lui avait sorti de la voiture le livre de Colette qu’elle relisait actuellement, craignant sans doute qu’elle ne s’ennuie. Tous partis, elle respira pleinement et éprouva un sentiment de liberté apaisé. La journée lui appartenait. Elle allait pouvoir renouer avec son rythme propre, d’autant qu’elle s’aperçut qu’elle n’avait même pas sa montre, enlevée de son poignet la veille pour le bain et oubliée dans le sac de plage. Cela lui plut davantage d’avoir à s’écouter mieux encore sans aucun repère d’horlogerie. Allait-elle ressentir le temps qu’il était, sa faim, l’anticipation de leur retour ?  

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« Fantasme de fusion »

Quatre mois dans cette chambre d’étudiant à surtout faire l’amour. Nus du matin au soir à épuiser leurs corps, user leurs lèvres, irriter leurs muqueuses gonflées et rougies. Mais toujours cette faim inassouvie de l’autre, cette déchirure à séparer leurs sexes, ce déchirement à ne plus se vivre l’un dans l’autre. Chercher l’autre encore plus loin, encore plus profond, au-delà des peaux qui se fondent, au-delà des regards qui se pénètrent, au-delà des bouches qui s’avalent… Quatre mois qu’elle sentait dans son ventre une chaleur irradiante, des montées lumineuses, prometteuses, avortées en pétards mouillés. Toujours comme sur le fil, au bord du précipice, sans jamais d’envol. Et là elle le sent en elle, elle le vit en elle ; sa verge drue qui la fouille, la remue, la brasse. Sur l’écran rouge tomate de ses paupières closes, la projection d’un énorme plat de spaghetti mêlés les uns aux autres… collés-serrés… entrelacés… entremêlés… intriqués… inextricables… tels un nœud gordien. Et l’explosion soudaine du cœur du volcan en salves de cendres propulsées, en des torrents rougeoyants, de son corps réveillé de lave en fusion…
Longtemps dans la jouissance elle ne parvenait pas à faire monter sa courbe excitatoire jusqu’au seuil de la décharge. Le fantasme, si saugrenu soit-il en apparence, illustre l’érotisation de la fusion et catalyse son excitation : elle vit un orgasme. 

« Jouir d’émoi de Toi et Moi »

Cela fait cinq ans qu’ils se connaissent bibliquement, qu’ils font l’amour souvent, intensément, de toute leur chair, de toute leur âme, de tous les pores de leurs peaux. Cela fait quelques mois que le désir d’enfant la tient. Au début, juste un doux chatouillis, une caresse languissante. Maintenant il la prend aux tripes ; elle en ressent le mal de ce vide. Elle argumente, se fait douce, elle supplie, elle menace, pose un ultimatum ; il n’est pas prêt. Elle implore et pleure la tête dans les genoux, les mains crispées sur son ventre. Déchiré, il l’enlace, la câline, la cajole. Il ne peut pas encore… Ses lèvres balbutient des excuses, des pardons, des bientôt, se perdent dans sa nuque, bavent quelques baisers en pleurs. Leurs corps s’embrassent, se serrent. Eperdus, ils se perdent dans leurs méandres, se prennent, se reprennent, se donnent…

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« Orgasme de mort »

Un gant de cuir écrase sa bouche. Le fil d’une lame se pose sur sa gorge. Elle se raidit, serre les fesses et son sac en bandoulière sur son flanc. Déjà elle est propulsée, tirée, poussée dans le contrebas du chemin. Ses jambes tricotent. Le sol patine de boue. Son pied dérape ; elle déchausse un escarpin. L’air est froid mais moins que la sueur qui la glace de la nuque au creux des reins. Elle entend le son sourd de son corps basculé sur l’herbe grasse et la sphaigne gorgée d’eau. Il en émane une odeur fade et douceâtre qui lui lève le cœur, à moins que ce ne soit la peur. Plaquée sur le ventre, le nez tordu dans la terre détrempée, la joue meurtrie de gravillons, elle sent maintenant la lame qui lui presse la nuque. Tout va si vite, s’emballe, et c’est pourtant comme si elle vivait tout au ralenti ; le temps est suspendu, décomposé en deux temps. Les pensées s’agitent et sa pensée est arrêtée.

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« Jouir d’ire »

Son corps à lui se montrait pressant, le poids de ses larges mains en battoir qui se voulaient douces et étaient pourtant lourdes sur la courbe de ses hanches. Il collait son bassin et bientôt son sexe durci contre la froideur de ses fesses. Son souffle chaud, son haleine épaisse léchaient le creux de son dos, la rondeur de ses épaules. Nuque baissée, elle masquait son visage des boucles de sa chevelure. Elle ne voulait pas qu’il puisse la voir, surtout pas la deviner dans sa résistance puis son ambivalence. Les mains gagnaient toujours davantage sur le ventre, les seins dont le galbe se dessinait déjà mieux. Le téton thélotait, le mamelon corrugait malgré elle. Le bas de son ventre se mettait à frémir, une chaleur sournoise envahissait son sexe qui palpitait. Son corps était à la trahir qui disait oui lorsqu’elle pensait non. Elle n’avait jamais su résister à cet homme. Elle se sentait à chaque fois comme envoûtée et l’excitation se répandait comme la peste dans son corps. Vite en finir, échapper à cette aliénation, se réappartenir.

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Morale de ces histoires Etonnant fantasme sociétal inculqué aux hommes que de devoir donner du plaisir à la femme. De quel plaisir parle-t-on ? La femme elle-même sait-elle ce qu’elle y entend ? Connaît-elle seulement les nécessités à son plaisir pour en découvrir les outils ? Sait-elle jouer de son imaginaire, vibrer de ses sensations d’excitation, habiter tous ses sens, se laisser émouvoir par l’autre, en des combinaisons toujours revisitées, sans cesse réinventées, pour des voies de plaisir et des voix de plaisir aux tessitures à inventorier.  Il appartient aux hommes de se délester de cette mission ; qu’ils oublient de se réduire à être de bons techniciens, de bons ouvriers spécialisés du sexe. Qu’ils deviennent de vrais amants, hommes présents, habités de leur émotion, offrant leur désir et leur plaisir… Il appartient aux femmes de chercher leur autonomie de plaisir, de découvrir de savoir orgaster, jouir et orgasmer, peu à peu, comme elles le souhaitent. Les obligations d’orgasmes se lèvent alors, les frustrations s’estompent, et l’homme et la femme se rapprochent de la juste liberté sexuelle…

 

Cécile Lepoint          Sexologue clinicienne, médecin,  vice-présidente de l'ASCliF, Nantes


Lexique
- Erigéron : plante herbacée appelée communément « vergerette ».
- Thélotisme : turgescence du mamelon. 
- Corrugation : plissement du tissu de revêtement cutané par traction du tissu sous-jacent.  

NB : L’auteur assume les néologismes pléonastiques (le téton thélotait) et simples (corruguer). 

 

Lu pour vous par Geneviève Schmit
06.43.43.15.79

Daniel Renson
Editions Métawalk

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